Comment sauver son couple quand on traverse une grave crise

Le couple en espérance d’enfant

Problème de couple

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Sauver son couple

Toute traduction est une entreprise difficile. Le traducteur est confronté à des choix. Faut-il traduire la lettre du texte ou son esprit? Doit-il coller le plus possible à la syntaxe du texte original, en reproduire les figures de styles et jeux phonétiques et lexicaux?

Crise de couple

Comment rendre des concepts, idées et notions prégnants dans la langue-source mais ignorés de la langue-cible? Toutes ces difficultés se sont posées aux traducteurs dès les premières traductions.

Conseiller conjugal

Thérapie de couple

Premier pas vers la guérison de la relation quand le couple rencontre des problèmes.
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La première préparation à laquelle j’ai participé, il y a quelques années maintenant, les gens échangeaient sur les problèmes de santé auxquels ils étaient confrontés, leurs souffrances, leurs solitudes aussi, et leur désespoir parfois… On sentait poindre, sous la compassion de ces charmantes têtes grises, comme une indignation contre le mauvais sort que la vie réservait à ces malades, tous uniques face à la souffrance. J’ai alors pris la parole, et suggéré l’idée que, peut-être, la souffrance était aussi un lieu privilégié. Cette petite histoire illustre pour moi toute la difficulté qu’il y a à trouver les mots pour signifier la compassion, pour consoler, mais aussi pour réfléchir ensemble, dans l’amitié plus encore que dans le respect, sur la souffrance éprouvée, et sur celle de l’infertilité en particulier. Car l’infertilité est une incontestable souffrance. Par avance, je sais tout ce que mes questions pourraient avoir de blessantes, si bien que, par avance aussi, j’en demande pardon… et j’en profite pour implorer votre indulgence en raison de ce trop long préambule.

Nous y voilà… comme vous le savez sans doute, lorsque l’on regarde, on y découvre l’infertilité comme une souffrance, souvent particulièrement humiliante, mais aussi comme le lieu d’une élection singulière.

Je vais parler pour nous tout d’abord. Non, nous ne concevons pas l’infertilité comme une vocation : nous nous sentons appelés à donner et à transmettre la vie, à élever et à éduquer des petits d’hommes. Le désir d’enfant est ancré en nous, profondément. C’est quelque chose de physique. Je me sens, dans mes entrailles, appelée à porter la vie. Et, pour une raison ou une autre, je n’y arrive pas. Pour autant, je ne me sens pas appelée, nous ne nous sentons pas uniquement appelés à la parentalité. Nous sommes d’abord un couple, notre mariage s’appuie sur quatre piliers dont la fécondité. En ce sens, nous ne sommes pas uniquement des parents en attente ou en devenir. Nous avons dépassé le stade où nous ne construisons notre couple que sur l’attente d’un enfant et nous sommes capables d’envisager d’autres projets de couple. Plusieurs de ces projets se sont déjà concrétisés puisque nous avons pris des engagements ecclésiaux en tant que couple. Il est important pour nous de ne pas nous penser uniquement comme des parents potentiels. Mais la fertilité reste notre vocation première. Cela peut sembler paradoxal avec ce que je viens de dire. En fait, ça ne l’est pas. Nous nous sommes d’abord mariés pour nous unir. L’accueil des enfants était un élément important de notre projet en nous mariant et il le reste. Mais ce n’est pas le seul.

Plus globalement, cette interprétation de l’infertilité comme une vocation pose principalement trois problèmes aux couples en espérance d’enfant. Le premier, c’est que ces couples l’ont principalement entendu de personnes qui n’ont pas été confrontées à ce questionnement,  et qui déploient donc un arsenal de variations sur le thème « vous n’avez qu’à vous y faire », dont le but est principalement défensif. Cela se produit notamment avec les couples qui voient dans leurs enfants une réponse méritée. Ils cherchent en quelque sorte à trouver des raisons pour n’avoir pas exaucé le couple infertile qu’ils ont en face d’eux. Ce qui m’amène au second problème. C’est évidemment absurde, surtout quand on connaît le poids croissant des facteurs environnementaux, et notamment le rôle des pesticides agricoles, dans l’infertilité chez l’homme moderne ! D’autre part, il utilise souvent pour entrer dans nos vies les portes que la souffrance nous a conduits à ouvrir, ce n’est pas lui qui crée la souffrance. Ce qui me conduit cette fois au troisième point : ces portes auraient pu s’ouvrir autrement, voire, elles l’étaient déjà. Les fécondités permises aux couples sans enfant le sont aussi à tous les autres, à un facteur quantitatif près (on a davantage de temps). Dans leur principe et leur dynamique interne, avec ou sans enfants, nos engagements auraient été les mêmes. L’infertilité supposerait qu’elle nous ait lancés sur d’autres chemins, dans d’autres directions. Or, ce n’est pas du tout le cas.

En effet, le deuil de la parentalité et les autres fécondités sont des sujets difficiles pour les couples infertiles. Le renoncement à la parentalité est toujours douloureux à vivre et nombreux sont les couples que nous avons rencontrés à ne pas supporter d’entendre parler des autres fécondités. Chacun vit un chemin qui lui est propre. Il n’y a pas de standard sur lequel se calquer, du style « au bout de tant d’années il faut en être là dans l’acceptation et / ou le renoncement ». Le deuil de la fertilité ne vient pas forcément avec la ménopause. Pour accueillir une autre fécondité, il faut d’abord être en paix avec soi-même et avec le manque formé par l’absence d’enfant. Or, trop souvent, le thème des autres fécondités est abordé avec manque de délicatesse (ce qui n’est pas ton cas). Ce que nous avons vécu avec d’autres couples infertiles me fait dire qu’il ne faut l’aborder qu’avec une grande prudence et que si on connaît très bien le couple concerné. Sinon, cela sera probablement contre-productif.

En fait le plus dur à vivre, c’est le sentiment d’exclusion. Nos amis ont quasiment tous des enfants, plusieurs ont des familles nombreuses, et notre paroisse est une paroisse jeune faisant une grande place aux enfants. Nous vivons donc dans un environnement peuplé d’enfants et de bébés. Chaque naissance ravive de sentiment d’exclusion et nous fait nous interroger : pourquoi le bonheur de devenir parents ne nous est-il pas accordé ?

Justement, sauriez-vous prendre la mesure de ce qui, dans la souffrance de l’infertilité, procède du décalage avec la norme sociale, et ce qui procède – je ne sais pas comment choisir les bons mots – d’une insatisfaction de votre vocation à la parentalité ? Il peut sembler, peut-être à tort, que l’espérance d’enfant puisse demeurer espérance, certes toujours éprouvante, dans la patience et la confiance persévérante, mais que cette espérance est pour une grande part rendue douloureuse par l’image du mariage que vous renvoie la culture, la société.

Les deux se mélangent. La norme sociale est difficile à vivre mais elle pèse différemment selon le milieu où nous nous trouvons. L’infertilité est d’autant moins facile à vivre que les discours exaltent régulièrement la famille. Mais, de fait, il y a autour de nous beaucoup de couples ayant trois ou quatre enfants, voire plus.  Nous nous sentons donc à part. Cela passe par l’impression d’être au bord d’une route et de regarder les autres passer alors que nous ne pouvons pas avancer. L’absence d’enfants nous bloque aussi dans notre vie sociale. Nous nous empêchons d’aller vers les autres car les jeunes couples et des mouvements font souvent connaissance par l’intermédiaire des enfants. Nous ne pouvons pas lier connaissance. Actuellement, nous sommes engagés au sein d’une équipe pour transmettre d’une autre manière que nous ne voulons pas garder pour nous. Mais quand je me présente, à chaque session, je ne peux pas m’empêcher de me justifier de ma présence car je ne me sens pas entièrement légitime à accompagner des couples alors que je n’ai pas d’enfant. Tout aussi dure à vivre est la honte qui s’empare de moi quand je me constate incapable de me réjouir lors d’une annonce de naissance. Il arrive qu’une naissance, même chez des amis chers, me donne envie de pleurer. Je sais que je vais dépasser ce sentiment à un moment ou un autre mais cela n’efface pas la gêne que j’ai à ressentir cette douleur. Je redoute beaucoup car il arrive que les larmes me montent aux yeux ou que j’aie un pincement au cœur lors de la célébration. Comment sortir d’une crise de couple ?

Ensuite, on peut parler de décalage avec la norme sociale, je parlerais davantage d’incompréhension. L’infertilité n’est pas compatible avec le logiciel de notre civilisation. L’un des éléments principaux de celui-ci est la main mise absolue de l’homme sur la procréation – et sur la vie. Alors elle est niée. Ce n’est plus un décalage, c’est un mur. Le reste de la société nous renvoie ainsi sans cesse le message qu’avoir des enfants est égoïste en ces temps de crise et que la famille idéale accueille un enfant, deux, éventuellement trois pour avoir des garçons et des filles, mais trois, c’est déjà beaucoup. Il est difficile de parler d’infertilité dans une société qui brandit sans cesse le slogan « un enfant si je veux quand je veux » – comme si un enfant se faisait sur commande et que le désir d’enfant aboutissait automatiquement à une naissance neuf mois plus tard. Vois-tu, j’attends encore le journal ou le reportage qui osera aborder l’infertilité sous un autre angle que celui de la PMA, par exemple.

Cependant, même s’il n’y avait pas cette norme, même si la société n’était que compassion, au sens premier du terme (souffrir avec, supporter avec), pour les couples infertiles, il resterait la douleur de l’insatisfaction de notre vocation à la parentalité. Sans doute cette douleur serait-elle moindre car elle ne serait pas ravivée par tous les messages subliminaux nous faisant comprendre que notre souffrance n’est pas acceptée par la société. Ou alors elle serait différente. La norme sociale n’est pas difficile à vivre en tant que telle, elle est difficile à vivre parce que l’infertilité est une souffrance. Ce que je vais dire est très personnel et je ne prétends pas que ça s’applique à tous les couples, mais il me semble qu’une fois atteint le stade ultime du deuil de la parentalité, une fois l’apaisement du cœur réalisé, la norme sociale n’est plus aussi pesante car elle ne vient pas raviver une souffrance déjà existante.

Le couple en espérance d’enfant est doublement hors norme sociale. Pour la société, il est hors normes parce qu’il n’a pas d’enfant, et d’ailleurs, régulièrement suspecté d’en être là par choix égoïste. Pour le reste de la société, il est déjà hors normes, et aussi (ou par là même) hors normes parce qu’il n’a pas d’enfant et qu’il en veut, alors que ne pas avoir d’enfant, c’est « avoir du temps pour s’éclater » (sic) : l’enfant, cette fois, est vu comme une entrave à une vie de jouissance. A la sortie, le couple en espérance d’enfant se retrouve seul, très seul. Être seul parce que hors normes sociales peut être fort bien vécu quand on a choisi ce positionnement. Mais ici, il est subi et douloureux : l’isolement provoqué par le caractère hors normes forme une souffrance et une injustice supplémentaires.

 Quand je vous regarde, quand je vous écoute parler de votre expérience, je vois d’abord deux personnes qui vivent ensemble unies, la passion d’une manière particulière. Est-il possible, sinon pour vous du moins pour le reste du monde, que vous portez, soit mystérieusement féconde ? J’ai l’air d’insister, mais c’est en ce sens que j’avais envie de parler « vocation ». Le terme n’est peut-être pas bien choisi… En fait, il ne s’agit pas d’évoquer d’autres fécondités, secondaires en quelques sortes, ni de suggérer de renoncer à la parentalité. Mais dans l’épreuve et la souffrance de la vie attendue, est aussi une lumière éclatante.

Ce n’est pas un chemin individuel, la souffrance en elle-même n’est pas une espèce de médecine amère. Ce n’est pas elle qui donne sens à l’action, c’est l’inverse, qui prouve qu’elle n’hésite pas à aller trouver celui qui souffre et à relever celui qui était humilié. Il n’est pas celui qui crée la souffrance d’un homme, d’une femme ou d’un couple pour se frayer un chemin vers son cœur ; Il est celui qui souffre avec nous et nous appelle à autre chose, du plus profond qu’on se trouve. Mais là encore, ce n’est pas l’apanage de ceux qui souffrent, la douleur n’est pas le chemin obligé, le prix à payer.

Dire que cette souffrance porte du fruit, oui. C’est ce qui en fait un paradoxe : elle est en quelque sorte le lieu du non-sens. En revanche, avec le recul, je peux dire que des fruits sont nés de notre souffrance. Il y a eu les grâces des rencontres faites, de belles rencontres, en vérité et en profondeur. Nous avons avancé sur notre chemin de foi comme nous ne l’aurions jamais imaginé en nous fiançant et en nous préparant au mariage. Est-ce que nous aurions reçu tout cela si nous avions été comblés d’enfants ? Je ne sais pas. Nous avons essayé de donner du sens à notre vie de couple, de meubler, aussi, pour ne pas vivre une vie vide. Nous avons peut-être parcouru des sentiers que nous n’aurions pas explorés tout de suite si nous avions été parents. Mais peut-être aurions-nous reçu le même fruit par des chemins différents.

Il y a eu aussi des fruits beaucoup plus spécifiques à l’espérance d’enfants. Tout ce que j’ai reçu m’a permis de tenir et de me relever chaque fois que la souffrance était trop forte et prenait le dessus.

Oui, de cette souffrance sont nés des fruits. Je ne sais d’ailleurs pas comment qualifier cela.

En fait, je crois que les fruits qui peuvent naître d’un chemin de souffrance sont bons à reconnaître par celui qui les vit, mais qu’il est extrêmement délicat, peut-être même impossible à un tiers de les lui faire reconnaître. Comme dans la mauvaise expérience que tu rapportais au début, ce sera presque à coup sûr compris comme une tentative de dire « arrêtez donc de gémir, il y a aussi des bons côtés ». Or, même avec ces fruits, la balance est toujours négative, il ne faut jamais l’oublier : il aurait été préférable pour tout le monde que cette souffrance n’ait pas lieu. Je dirais que le plus important pour le couple en espérance d’enfant, c’est de sentir qu’il n’est pas seul ni incompris. C’est comme cela que je comprends. Il n’intervient pas pour supprimer les molécules toxiques dans nos organismes ; ce qu’Il peut, c’est être à nos côtés et nous pourvoir qui nous permettent de n’être pas enfermés dans notre seule souffrance. Quand on ne peut pas faire davantage pour un malade que lui tenir la main, on ne va pas lui dire « tu vois, si tu n’étais pas malade, est-ce qu’on te tiendrait la main ? C’est déjà pas mal, non ? » On lui tient la main et on est avec lui. Et là, il peut le recevoir.

  1. « Il aurait été préférable pour tout le monde que cette souffrance n’ait pas lieu ». Et pourtant… j’ai envie de vous dire « merci ». De même que très souvent j’ai envie de dire « merci » aux couples sans enfants que je côtoie. C’est mystérieux, bien sûr. Je comprends ce que vous ressentez, de la vacuité qu’il y aurait à parer d’une utilité votre souffrance.
    Mais je crois profondément à la lumière de votre espérance dont parle Pneu. Peut-être pas toujours éclatante. Peut-être tremblotante. Mais belle et bien là.
    Voilà. J’avais envie de vous dire merci. Ben… je vous le dis. Merci.

     

     
  2.  

    Merci pour tes précautions en préambule, c’est très élégant et délicat, j’apprécie vraiment.

    Mahaut, je partage tes ressentis, avec un accent plus fort chez moi sur le ras le bol d’être « suspecté d’en être là par choix égoïste »…mais il est vrai que l’isolation sociale est dure à supporter surtout par ses non dits…

    D’un autre côté, en tous cas pour moi, il y a d’autres formes de fécondité et de paternité que j’explore, il y a cette partie de moi que je donne le plus totalement possible, à mon filleul mais à pas mal de jeunes que je rencontre. C’est une grâce et une joie que je reconnais recevoir et pour laquelle je remercie Notre Seigneur.

     

    Merci pour ton témoignage et tes articles de fond. Peux-tu m’envoyer ton article sur les couples en espérance d’enfants ? Merci.

     
  3. Merci vraiment de ce témoignage. J’ai du mal à coucher mes impressions par écrit, ayant un peu peur de blesser par une mauvaise formulation.

    Ce parcours que vous décrivez, et votre partage me touchent et me ramènent à ce que vit un couple d’amis, eux aussi dans une attente d’enfant, eux aussi dans une paroisse fort fournie en familles nombreuses.

    Entre complexité des situations, nouveautés des progrès (avec la NaPro Technologie, par exemple, mais l’insistance dans ce terme plus sur la technologie que sur la nature, au coeur de la démarche pourtant, me heurte), et grâces déjà demandées (j’ai encore été témoin de belles choses obtenues par l’intercession de Notre-Dame de Liesse), pas facile de savoir quel chemin a été suivi, pas simple d’à la fois espérer le meilleur et l’arrivée d’un enfant et d’accepter pleinement cette double « hors-normalité sociale » que vous vivez sans rajouter (même involontairement) de la souffrance.

    Dialogue au risque de la souffrance, ou soutien silencieux par des actes et de la présence? Le choix n’est pas simple, et peut dépender des occasions bien sûr (même si celles-ci se créent).

    En tout cas, merci vraiment.

    Egalement un grand merci. Je suis touchée de près par la question par ma famille et votre témoignage m’aide à comprendre ce que ma sœur et mon beau-frère peuvent ressentir, alors que je suis totalement désemparée pour aborder le sujet avec eux. Je fuis à trois kilomètres dans la conversation quand j’ai l’impression qu’une allusion pourrait rappeler que…Bref.

    Maritro

Problème de couple et crises de couple

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