Menaces sur la famille

« La famille est menacée », le leit-motiv est porteur et est repris par l’initiative Europe for family, qui interpelle les candidats aux élections européennes de ce dimanche. Il faut dire que les inquiétudes sont légitimes. Les propositions de réforme du divorce s’empilent pour fragiliser toujours un peu plus le mariage, les interrogations sur la filiation bouleversent le rapport traditionnel parents-enfants. Europe for family propose donc aux candidats aux élections européennes huit principes d’engagement sur la définition du mariage, de la famille, le respect de l’altérité dans la filiation, la non-marchandisation de l’enfant, la liberté d’éducation, la solidarité familiale ou la lutte contre les discriminations dans le respect de la différenciation sexuelle.

 

danger

Cependant, les menaces qui pèsent sur la famille ne sont pas uniquement sociétales, elles sont aussi sociales et économiques. Une étude du cabinet Technologia publiée le 22 janvier révélait que plus de trois millions de français sont au bord du burn-out. Le syndrome d’épuisement professionnel est certes un phénomène individuel mais il affecte aussi la famille de celui qui en est victime. La dépression créée par le burn-out rejaillit sur le conjoint du travailleur malade, a des effets sur la vie de couple, et touche aussi par ricochet les enfants qui vivent avec un parent malade, qui doit se reconstruire sans pouvoir accorder à ses enfants le temps, l’attention et l’énergie qu’il voudrait.

Cette étude interpelle. De quelles tares inhérentes de notre système économique et de la relation que notre société entretient avec le travail le syndrome d’épuisement professionnel est-il le signe? Il est un terme qui ne trompe pas : productivité. Ce terme, qui se dit d’une personne comme d’une machine ou d’une entreprise, est fréquemment employé pour désigner la quantité de travail qu’une personne fait ou peut faire au cours d’une journée, et la productivité moyenne des salariés des pays de l’Union Européenne est régulièrement comparée par les instituts d’études économiques, avec souvent en arrière-plan le but tout à fait avoué de culpabiliser le travailleur qui n’en ferait pas assez. Le dit travailleur est alors considéré comme une monade libre de toute attache sommée de se mettre au service de l’économie. Dans le même temps, les tentatives régulières d’autoriser progressivement le travail le dimanche se heurtent heureusement aux objections soulignant la nécessité de conserver le lien social, en premier lieu celui du travailleur et de sa famille. Pourquoi alors ne pas transposer le raisonnement et ne pas considérer que la pression mise sur une personne pour qu’elle travaille toujours plus, toujours plus dur, et qu’elle se consacre toujours davantage à son employeur – quel que soit l’employeur – met tout autant à mal le lien familial, lien entre les époux, lien entre les parents et les enfants ?

L’idéologie du « travailler plus pour gagner plus » est fille des mêmes principes. Travailler plus, être prêt à se dévouer tout entier à son travail relève de l’idéologie de l’accomplissement de soi mais ne prend en compte que l’individu et oublie tous ceux qui l’entourent et avec qui il agit. Combien sont-ils, ces enfants qui aimeraient ou auraient aimé que l’un ou l’autre de leurs parents, ou les deux, soit davantage présent pendant leur enfance et ne rentre pas systématiquement à des heures qui interdisent aux parents et aux enfants de se retrouver le soir?

Il n’apparaît plus possible de soutenir d’une part que le travailleur doit faire preuve d’une plus grande flexibilité et de s’indigner d’autre part – à juste titre – des assauts que subit la famille. La famille est menacée par les schémas de pensée moteurs de notre société, c’est une évidence, mais pas uniquement par les politiques sociétales des gouvernements européens. Il est regrettable que les initiatives citoyennes et politiques interpelant les élus n’osent jamais sortir du cadre sociétal pour aller vers une remise en cause des injonctions assénées aux travailleurs à longueur de débats politiques. Sans doute le sociétal est-il le sujet qui permet d’obtenir le consensus le plus large au auprès des défenseurs de la famille. Mais toutes ces mobilisations gagneraient en cohérence en ne se restreignant pas aux préoccupations sociétales et en s’élargissant à toutes les composantes de notre vie, y compris le travail, principale activité d’une grande majorité de la population, celle qui n’est ni rentière ni retraitée. Ainsi seraient repensés à la fois la famille et le lien au travail et observées les conséquences sociétales, sociales et économiques d’un mode de pensée qui ne sait plus dire que « je » à la place de « nous ».

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