Il y aurait eu tant à dire

Il a été question d’infliger un camouflet au gouvernement, de défendre le gouvernement et le PS, de sécurité, de dette, d’alliances et de fusions entre listes, de front républicain. Il a été question d’enjeux nationaux politiciens. Mais d’enjeux locaux, a-t-on parlé pendant cette campagne des municipales? Pendant une campagne électorale concernant les élus qui allaient diriger les communes et les communautés de communes françaises pendant six ans, il a été peu question de politique et d’enjeux locaux. Oh, bien sûr, le sujet était abordé, avec des degrés de profondeur variables, dans les programmes adressés par les candidats aux électeurs. Mais les échos du débat public les ont peu mis en avant.

municipales2014

Il y aurait pourtant eu tant à dire. Sur le pouvoir réel des maires des communes de petite taille face à une politique nationale – partagée par la droite et la gauche – qui assume totalement l’abandon des campagnes françaises. Sur les liens entre campagne et ville. Sur le devenir des terres agricoles, leur revalorisation, la déprise agricole, leur transformation en champs de ZAC qui se font un devoir d’enlaidir les entrées de grandes villes françaises. Sur la fonction des grandes villes. Sur les conséquences de la création des métropoles lyonnaise et marseillo-aixoise sur les campagnes rhodaniennes et bucco-rhodaniennes, dont personne ne semble penser qu’elles puissent être autre chose que des territoires au service de l’expansion de la grande ville. Il y aurait aussi eu tant de questions à poser. On aurait pu interroger les conséquences écologiques des politiques urbaines françaises (perte de biodiversité), se demander si la baisse de la dette doit être un outil ou une fin en soi à laquelle serait sacrifiée la qualité de vie des habitants d’une ville, questionner les attentes des français pour leur ville de résidence, poser la question des villes-dortoirs. On aurait pu rappeler l’existence des SCOT (schémas de cohérence territoriale) auxquels participent toutes les communes du territoire concerné et qui déterminent les politiques territoriales de l’aire concernée.

Tout cela est resté bien caché derrière les deux enjeux du moment, « Hollande démission » vs « soutien au gouvernement » et la lutte contre la montée du Front National. Et pourtant, là où EELV se présentait sur des listes distinctes du PS en se rappelant du sens du mot « écologie » dans leur nom, avec des programmes qui posaient les questions qui fâchent – à défaut d’y apporter des réponses vraiment novatrices, les candidats écologistes ont amélioré leurs scores et même réussi des poussées remarquées, à l’exemple d’Eric Piolle à Grenoble. Dimanche soir, il y aura plus de mairies dirigées par un maire écologiste que par un maire Front National. Certes, les listes investies par EELV sont encore loin de rompre avec le consensus gauche-droite sur les politiques de la ville et des campagnes. Mais qu’une partie de l’électorat de gauche accorde sa voix, là où c’était possible, à des listes écologiques mettant en avant des enjeux locaux, alors qu’une liste socialiste se présentait, devrait aussi interpeller les hommes politiques, de droite comme de gauche, sur l’impasse dans laquelle les partis de gouvernement se fourvoient depuis quarante ans.

Il y a fort à parier que ces sujets ne seront que peu abordés dimanche soir lors des soirées électorales. Il revient donc à la société civile, cette société civile si souvent sollicitée comme gage d’ouverture d’une liste candidate, de s’emparer de ces thèmes et de les porter sur la place publique. Si les élections municipales sont un moment propice pour exprimer un message, alors ce message-ci doit être aussi exprimé: le changement écologique, c’est maintenant.

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