Un an entre deux camps

Un an après les débuts de la Manif pour tous, Koz Toujours, de droite, opposant à la loi Taubira, Darth Manu, de centre-gauche, partisan de cette même loi, et EnTodoAmar, engagé plutôt à gauche, tous trois catholiques, ont proposé un bilan de l’année écoulée. La lecture de leurs billets m’a donné envie de m’atteler à mon tour à l’exercice du bilan.

Cette année de mobilisation a été un véritable écartèlement pour moi, issue de la gauche de la gauche classique (gauche du PS et syndicalisme étudiant), courant auquel appartiennent des amis auxquels je suis très attachée, et opposée avant les présidentielles de 2012 à l’adoption par les couples homosexuels, et donc au mariage homosexuel en France puisque la possibilité d’adopter en découle automatiquement. En prime (c’est là le plus important), je suis catholique pratiquante, convaincue que le catholique ne se définit pas par une adhésion à des valeurs mais par sa foi en Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, en Jésus-Christ, Dieu fait homme, mort sur la croix pour nos péchés et le salut du monde, ressuscité le troisième jour et élevé au ciel, et par une confiance filiale en l’Église catholique, héritière des apôtres. Un an de mobilisation, un an entre deux camps, la gauche athée et anti-cléricale, bien décidée à reléguer les cathos dans l’ombre, et la droite anti-mariage homosexuel, bien décidée à reprendre du poil de la bête après sa défaite aux présidentielles et aux législatives, cela laisse des traces. « Écartèlement » n’est pas un mot trop fort. La magie des attaches sentimentales et des réseaux sociaux ont fait que j’ai vécu la mobilisation des pro- et des anti-loi Taubira en parallèle.

Un après le début des manifestations, le fossé qui existait déjà entre la gauche et l’Église catholique s’est élargi et, paradoxalement, dans le même temps sont nées des initiatives, comme les Veilleurs, qui visent à dépasser le clivage politique gauche-droite et la dichotomie « les gentils contre les méchants » (dans le sens que vous voudrez).


Mépris et dénis du pouvoir en place

Pourquoi le fossé s’est-il élargi? Le pouvoir a eu ses torts, immenses: celui de minimiser les mobilisations, de balayer d’un revers de main les 700 000 signatures de la pétition adressée au CESE et les millions de manifestants descendus dans la rue; celui de tout ramener à la foi catholique de la majorité des troupes pour refuser d’écouter ce que la Manif pour tous avait à dire, ce que les enfants adoptés avaient à dire, ce que les juristes avaient à dire. Le rapporteur du projet de loi n’a pas hésité à déclarer que l’Église catholique n’avait pas beaucoup d’arguments pour s’opposer au projet, quand les argumentaires juridiques qui circulaient chez les opposants faisaient des dizaines de pages.

Évidemment, l’occasion était trop belle pour les tenants d’une vision de la laïcité qui conteste à un croyant le droit de d’affirmer haut et fort que ses opinions, sa vision du monde et du bien commun, son positionnement au sein d’un débat intéressant la vie de la cité (la politique au sens premier et noble du terme) sont basées sur sa foi. Les médias de gauche se sont empressés de les relayer et d’effrayer les lecteurs sincèrement ignorants du sujet à coups de « retour à l’obscurantisme caractéristique des siècles dominés par l’Église ». L’expression d’une foi, pas uniquement la foi chrétienne, était devenue une menace pour la République et la cohésion de la nation. La cause était entendue. Les critiques du projet de loi ne venaient que de l’Église catholique et, puisque qu’elles ne venaient que d’elle et que tout un chacun sait qu’elle est LE danger qui menace notre époque, tous les moyens étaient bon pour s’y opposer.

Cela nous a offert d’étonnants moments quand des personnalités pas spécialement connues pour être des porte-étandards catholiques, le journaliste Fabrice Nicolino, le rédacteur en chef de L’écologiste, Thierry Jaccaud, ont fait connaître leur opposition à l’adoption par des couples homosexuels, à la PMA et à la GPA. Comme ni eux ni le journal La décroissance, aux positions semblables, ne rentraient dans le cadre du prêt-à-penser de la gauche de gouvernement, ils ont été somptueusement ignorés. L’opposition et l’ennemi, ce sont les cathos, on vous dit.

Malgré tout, ce que j’ai vécu me permet de me dire qu’il y a eu aussi chez les anti-loi Taubira des comportements qui n’ont pu faire que braquer ceux qui, à gauche, étaient ouverts au dialogue, qu’ils soient pour ou contre la loi.


La bataille des chiffres

Lors de la première grande manifestation nationale, le 13 janvier, a eu lieu la première bataille des chiffres. 340 000 selon la préfecture de police, 1 000 000 selon les organisateurs. Et les uns et les autres de s’accrocher ferme à leurs estimations. La gauche, plus habituée à se réclamer des estimations des organisateurs, s’est cramponnée aux données de la préfecture de police comme une moule à son rocher; la droite, qui avait brillé dans l’art de la minimisation de manifestation durant les grandes mobilisations contre les retraites ou les réformes universitaires, a réclamé que toute la lumière soit faite sur les méthodes de comptage officielles. La situation aurait été hilarante si elle n’avait pas eue de lourdes conséquences. Les membres de droite de la Manif pour Tous se sont empressés de clamer que seule la droite pouvait faire descendre autant de monde dans la rue. Oubliées les manifestations anti-plan Juppé de 1995, les manifestations contre la réforme des retraites et pour le pouvoir d’achat entre 2003 et 2011, pour lesquelles des estimations sont allées de 850 000 à 2,5 millions de participants. Oubliée aussi, la mobilisation contre le CPE et la loi sur l’égalité des chances. Le mot d’ordre était clair: seule la droite peut mobiliser autant.

De là date, je crois, la première fracture entre la Manif pour tous et ceux qui, à gauche, étaient contre la loi Taubira. Ces propos répétés tels des mantras sur tous les canaux d’informations catholiques ou de droite étaient un message claire: « vos mobilisations n’ont pas existé. Elles n’étaient rien. Ce sont des causes qui n’intéressent pas les français. Elles ne représentent rien pour nous. » Mettons-nous un instant à la place de tous ceux qui ont manifesté avec vous ce jour-là et qui ont pu, parce qu’ils avaient manifesté sous Sarkozy, faire des comparaisons de foule d’affluence. Comment ont-ils pu mettre de côté leur ego pour se vouer entièrement au service d’une cause qui leur faisait comprendre que les autres causes qu’ils avaient défendues auparavant n’étaient rien à côté de celle-là?

Le mépris que nous avons ressenti ce jour-là, catholiques sociaux, de gauche, ex-de gauche, est tout aussi fort, et il a encore aggravé le sentiment de ceux qui avaient un pied dans chaque camp, à gauche et contre la loi.


Le 24 mars

Le 24 mars, les manifestants pour tous qui n’avaient pas l’habitude des manifestations ont découvert, stupéfaits, que le pouvoir politique dispose de moyens légaux pour empêcher une manifestation, fût-elle légalement déclarée, d’avancer, pour la disperser, la réprimer, et que les CRS ont quasiment tous les droits lorsqu’ils sont en mission de maintien de l’ordre et que manifester comporter donc des risques. Revendiquant fièrement de ne pas avoir l’habitude de manifester, elle ne s’y était préparée. Je ne reviendrai pas sur la question de la responsabilité des incidents et des débordements. Ce que je retiens, c’est la conception à deux vitesses du maintien de l’ordre qu’ont montré pas mal de manifestants du 24 mars dans les jours qui ont suivi. Pour résumer, un manifestant de gauche qui balance un fumigène sur des CRS est une racaille; un manifestant de droite qui balance le même fumigène sur un CRS est simplement quelqu’un d’un peu énervé. Un CRS qui asperge une foule de gauche de gaz lacrymogènes protège les honnêtes gens contre les débordements des voyous; un CRS qui asperge une foule de droite qui manifeste tranquillement commet des abus épouvantables qui doivent faire la une des journaux. Il est possible que j’aie une mémoire quelque peu sélective, cependant, la photo de l’adolescent « gazé » qui tournait en boucle par mail et sur Twitter m’a rappelé des réactions venant de la droite quand des adolescents avaient été gravement touchés à l’œil par des flash-balls lors de manifestations lycéennes: en gros, c’était de la faute de ces ados, ils l’avaient bien cherché. Quant aux enfants aspergés de gaz pendant les évacuations de camps de Roms, leurs parents étaient dans l’illégalité, alors, après tout…

Si la gauche pro-loi Taubira avait déjà fait montre de sa haute conscience d’être le camp du Bien, à partir du 24, une partie non négligeable des manifestants pour tous ont clairement fait comprendre que, dans leur vision du monde, leurs opinions politiques leur conféraient automatiquement une immunité absolue face à la police et à la justice.

Il est devenu difficile dans ces conditions de convaincre à gauche que la stratégie de répression policière de la Manif pour Tous était inadaptée et disproportionnée.


Un an après

Pourquoi remuer tout cela, me direz-vous? Parce que la mobilisation contre la loi Taubira a renforcé des blocs qui ont besoin d’un ennemi pour exister. Certes, les différents courants de gauche auxquels la cathophobie est inhérente n’ont pas eu besoin d’elle pour se renforcer dans leur légitimité de seules forces capables de faire rempart à l’offensive catholique en France. Mais ceux-ci ont tiré argument du mépris affiché envers les manifestations de gauche, après les deux manifestations de janvier et de mars, pour renforcer leur conviction d’un devoir de protection de la République contre la religion catholique. De même, le Hollande-bashing très à la mode sur les réseaux sociaux montre qu’une partie de la droite ne sait plus se structurer que par opposition à la gauche, sans savoir ce que pense réellement la gauche ni si la gauche est telle qu’elle se l’imagine. Dans le même temps, la gauche a ressorti sa rengaine séculaire « nous sommes le progrès et la défense de la République contre la réaction archaïque et obscurantiste ». Ni l’un ni l’autre ne veulent connaître la réalité. Ils luttent contre le camp d’en face et c’est tout ou partie de leur raison d’être. La mobilisation autour de la loi Taubira a fourni des arguments aux deux positions.

L’autre raison pour laquelle il est important de regarder ces événements avec recul est qu’il est très difficile de mobiliser des gens d’horizons très différentes sur la durée sur une revendication commune. Si la mobilisation a été l’occasion de belles rencontres, elle a mis côte à côte des personnes qui n’ont aucun autre point commun que cette opposition, et dont les vues politiques divergent profondément. En se voulant trans-partisane et apolitique, elle a fait défiler sous une même bannière des gens qui auraient eu toute les raisons du monde de s’affronter lors du précédent mandat. Elle a rassemblé des gens de gauche, des gens de droite, des modérés, des radicaux. Malgré cela, elle n’a pas réussi à éviter la politisation et ses militants ont donné des gages de plus en plus nombreux d’une sensibilité droitière. Là se trouve l’un des problèmes qu’elle a rencontrés. Il y avait, il y a toujours, un décalage entre la volonté d’ouverture de l’association « la Manif pour tous », organisatrice des manifestations et événements et les positions des manifestants qu’elle a entraînés dans la rue, dont beaucoup sont beaucoup moins bienveillants envers la gauche.

Il n’était pas évident pour tous qu’il y ait une cohérence entre un mouvement contre la casse de l’enseignement supérieur au nom de la marchandisation de l’enseignement ou contre la précarisation à outrance des travailleurs (par exemple) et le refus d’une loi qui serait une étape de plus vers la réification de l’enfant au nom du désir des couples de devenir parents, vers sa transformation en objet qui peut faire l’objet d’une vente. Pourtant, dans les deux cas, c’étaient les mêmes principes qui m’ont fait me mobiliser (la dignité de la personne humaine, la protection des plus faibles, des moins avantagés dans la vie, le refus que tout soit soumis à la loi du plus fort ou du plus riche).

Les courants de pensée et d’action qui veulent passer outre le clivage gauche-droite vont reprendre des thèmes d’engagement actuellement frappés par ce clivage. Ils vont demander de nouer des liens avec des acteurs déjà engagés, peut-être partisans. Pour cela, il est nécessaire de passer outre les obstacles à ces rapprochements qui peuvent subsister. Le mépris ressenti par les uns et les autres, qu’ils soient homosexuels, catholiques, athées, de gauche, de droite, pendant la mobilisation autour de la loi Taubira en est. Poser des mots sur ce ressenti, c’est s’alléger de ce qui nous pèse depuis un an et nous donner les moyens de faire se rejoindre, dans la vérité et la charité, les engagements les plus divers au service des plus vulnérables.

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12 Comments

  1. Rétrolien:Avant, j’étais cynique… | Ski nautique, kryptonite et rodomontades

  2. Marie Coulon

    Lors d’une rencontre de juin 2013 avec notre évêque, suite à l’engagement en 2012/ 2013 dans LMPT de nombreux paroissiens, j’ai insisté sur la nécessité que LMPT, ses avatars et plus largement tous les mouvements d’Eglise développent une vision sociale globale. Qu’ils ne se limitent pas à s’opposer à la marchandisation du corps des H et des F, à celle des enfants, et à la négation du principe de différence sexuelle.
    J’ai dit qu’il fallait s’ouvrir PUBLIQUEMENT ET CLAIREMENT à la dénonciation EN ACTES de la misère, qui possède plusieurs visages puisqu’elle va des morts de la rue… à l’illettrisme; de « l’individualisme de masse » (chacun fait ce qui lui plaît)… à la victoire, logique, qui en découle: celle des plus forts; de l’inculture programmée et réalisée avec le concours de profs et instits formatés et de l’endoctrinement des consciences résignées… à la victoire du consumérisme le plus effréné; du refus irresponsable de la gauche de réfléchir à l’immigration et aux racines chrétiennes de la France… à la montée d’un vote protestataire et désespéré, qui fait le bonheur des antisémitismes et racismes de tout poil…
    Notre époque est inquiétante, chaotique. Peu encline à la pensée et au calme. Tout est compliqué et réduire sa pensée à être de gauche ou de droite me paraît fou et faux.

    Issue de la gauche, dont je suis partie après avoir constaté qu’on lynchait NSarkozy ( et parfois plus sur sa taille que sur son vocabulaire)…ainsi qu’ après avoir lu les propositions « sociétales » de FHollande, je ne me suis pas retrouvée dans l’opposition UMP , si peu consciente des enjeux posés par les « projets de lois MPT et euthanasie ».
    Je ne me retrouve pas dans l’instrumentalisation du racisme faite publicitairement par Me Taubira et pas non plus dans les tweets anti-Taubira haineux.
    Je n’approuve pas le Hollande bashing et l’extrémisme anti-socialisme, je n’approuve pas les mots « gazage » ou  » dictature »,obscènes et inappropriés, mais je n’approuve pas l’assimilation de LMPT au FN ou à Civitas, et je constate que la liberté de pensée et d’informer, de débattre et de choisir a été confisquée par le gouvernement de FHollande.
    Je ne me retrouve pas dans la destruction de l’école continuée par VPeillon mais je ne me retrouve pas dans celle qui a été instaurée bien avant lui..
    Je ne me retrouve pas dans une opposition absolue à l’impôt lorsqu’elle touche les plus riches, parce qu’il y a des gens excessivement riches et des gens excessivement pauvres. Mais je ne me retrouve pas dans une logique d’assistanat qui méprise en fait les Français en les enfermant dans l’idée qu’ils ne peuvent trouver aucun travail à leur mesure, et qui blesse ceux qui travaillent dur et cotisent pour les autres..
    Je ne me retrouve pas dans une France consumériste où seuls les biens matériels feraient la joie du peuple, pas non plus dans une France où tout est de plus en plus cher.
    Je ne me retrouve pas dans une France qui se déteste et refuse son héritage et n’aide ainsi les étrangers ni à aimer ni à s’approprier la culture française… et pas non plus dans une France fermée, se contentant d’elle même et craignant tout de l’autre..
    Les extrémismes me semblent aux portes…
    Et je crois que nous sommes nombreux à ne pas nous y retrouver…

    Il me paraît urgent de permettre des débats d’opinion, urgent que les media posent bien les vrais problèmes ( c’est une part de leur boulot )et invitent les Français de bonne volonté et de ( presque) tous les bords à y participer de façon à sauver la paix publique et le bien commun.
    Marie C

  3. Nous pourrions peut-être, pour commencer, prendre les partisans de la théorie de la genre à leur propre jeu, en affirmant haut et fort, par exemple, que la distinction entre côté gauche et côté droit n’est, en définitive, qu’une construction sociale qui discrimine fortement les gauchers.
    Je dis « chiche », et je le pense sérieusement.
    C’est en portant la pensée dans des landes désertées par le conformisme ambiant que nous sortirons, par le haut, de ces clivages…
    J’ignorais que la mouvance « décroissante » ne s’était pas « ralliée » à la nouvelle religion des intellos hors-sol, et j’en suis fort aise….

  4. Je n’ai pas du tout vu le côté « seule la droite peut mobiliser autant ». Tu peux faire référence à des articles / citations ? Quels sont les chiffres probables des manifs que tu cites (CPE ? Juppé ?) Tout au plus, je me rappelle avoir entendu parler de « la plus grande manif’ depuis l’école libre ».

    Il y avait sans doute une hostilité envers la gauche dans les cortèges.. En même temps, c’est la gauche qui poussait le projet de loi. Et (pour les ténors, du moins) de façon quasi-unanime. Enfin, la « gauche contre le mariage pour tous » de Tcheng sentait l’alibi à plein nez et sa crédibilité était nulle. Où étaient donc les « vrais de gauche contre le mariage pour tous » ?

    • Malheureusement, ce n’était pas des réactions officielles mais des réactions « officieuses » de manifestants et militants pour tous. Donc pas de référence précises possibles.

      La manif contre le plan Juppé, c’est 1 million selon la police, 2,2 millions selon les syndicats. Concernant le CPE: le 18 mars 2006, de 530 000 (police) à 1,5 million (organisateurs); le 28 mars, en semaine, de 1 055 000 à 3 000 000. Nous sommes donc dans des fourchettes similaires à celles de la LMPT.

      De même que je fais la différence entre les ténors de la LMPT et la base, je fais la différence entre Solférino et les militants. Même si les ténors étaient tous pour, il y a eu les quelques voix dissidentes parmi ceux qui avaient des responsabilités: Dominique Potier, Bernadette Laclais … Le contexte était quand même difficile. C’est l’un de mes principaux reproches à ce parti, celui qui fait que je ne peux plus le suivre: dès que quelqu’un émet une opinion qui ne va pas dans le sens de la doxa du « progrès », c’est tout de suite l’anathème, en l’occurrence l’accusation d’homophobie. Il y avait donc probablement une plus grosse proportion de militants de base qui étaient contre le projet. Seulement, la trouille de se faire écharper en réunion publique a dû être la plus forte. Je me suis laissée entraîner une fois dans une discussion de ce genre quand j’étais jeune et naïve, ça cognait sec. Au final, je demande si les « vrais de gauche contre le mariage pour tous » n’ont pas préféré économiser leurs forces pour les batailles à venir, par exemple l’euthanasie. Ce n’est qu’une hypothèse de ma part…

  5. Merci pour ton billet, Mahaut. Tu ne m’en voudras pas de répondre sur les points de divergence, c’est un peu la loi du genre, même si j’ai noté également les points de convergence et que je te sais également gré d’être restée mobilisée malgré l’agacement dont tut témoignes.

    En ce qui concerne les mobilisations, de mémoire les mobilisations sur les retraites n’avaient pas donné lieu à un cortège aussi important dans la seule ville de Paris. Les chiffres donnés notamment pour les retraites me paraissent concerner plusieurs cortèges dans plusieurs villes. Par ailleurs, même si je sais bien que chaque organisateur surévalue plus ou moins l’affluence à son évènement, il me semble que la tendance à la forte surévaluation des syndicats est assez connue.

    Pour autant, comme Incarnare, je ne me souviens pas spécialement qu’il ait été dit que seule la droite peut mobiliser ainsi. D’une part, parce que ni l’Ecole libre ni la Manif Pour Tous ne sont revendiqués « de droite », quelle que soit la réalité : même chez les personnes de droite, la mobilisation fait appel à des ressorts supplémentaires. D’autre part, parce que l’on connait bien la capacité de mobilisation répétée de la gauche. J’imagine que le fait que « la plus grande manifestation » ait été revendiquée a pu être perçue comme la droite vs la gauche, mais il serait bien difficile de dire que c’était un discours général.

    Pour ma part, je pense plutôt à une mobilisation familles+cathos (commune à l’Ecole libre et à La Manif Pour Tous) qu’à une mobilisaiton « de droite ».

    Tu observeras aussi, en ce qui concerne le mépris, que lorsque ces manifs sont organisées, par la gauche et/ou les syndicats, même s’ils ne sont pas entendus au bout du compte, ils sont à tout le moins reçus par l’exécutif. En l’occurrence, à part un rendez-vous entre deux portes concédés du bout des lèvres…

    Pour ce qui est du traitement policier, on peut jouer longuement au renversement des positions. Est-il vraiment plus glorieux pour la gauche de fermer les yeux sur ce qu’elle a dénoncé avec virulence auparavant ? Je me souviens de l’épisode du gendarme qui a « gazé » des manifestants (au passage, je n’ai pas entendu à l’époque de polémique sur l’emploi du terme « gazé »). Tout le monde avait poussé les hauts cris et une enquête a même été diligentée. Qu’en est-il en l’occurrence ? Tu observeras en outre que les manifestants étaient sur une voie ferrée, ce qui pouvait expliquer cette dispersion.

    Tu observeras aussi que les Indignés de la Bastille et de La Défense ont été dispersés, mais pas placés en garde à vue, alors que le recours à la garde à vue a concerné plusieurs dizaines (à tout le moins plus de 100) de personnes pendant la Manif Pour Tous.

    Enfin, tu évoques le cas du garçon qui aurait perdu un œil. Dire que la droite a pensé « bien fait » est tout de même un peu un procès d’intention. Surtout, cela ne me semble pas relever d’instructions précises qui seraient données de tirer au flash-ball mais d’ordres locaux. A l’inverse, il est évident que la décision de multiplier les gardes à vue (arbitraires), de surcroît dans Paris où le préfet et l’Intérieur sont spécialement en lien, n’était pas une initiative individuelle d’un gradé local.

    [A ce stade, si je t'ai agacée, remonte au premier paragraphe ;-) ]

    • La réponse à ta réponse ;)

      J’ai parfaitement conscience que les syndicats ont tendance à surévaluer les chiffres, cependant il y a parfois des écarts assez hallucinants avec les chiffres de la police qui font dire que la vérité est ailleurs, peut-être bien entre les deux.

      Pour les mobilisations sur les retraites, à partir du moment où il y a une manifestation nationale sans aucune manifestation ailleurs (ce qui est le cas avec la Manif pour tous), il me semble possible de comparer l’affluence de cette manifestation à Paris avec le total des manifestants en France.

      Sur la revendication de « la plus grande manifestation », j’ai clairement perçu dans ces propos un côté « on refait le match gauche contre droite ». Sinon, je suis d’accord avec ton analyse de la mobilisation familles + cathos. Les gens de gauche contre la moi de mon entourage étaient majoritairement cathos.

      Un point pour toi concernant les traitements respectifs des syndicats et de la Manif pour tous par le pouvoir. (Oui, comme j’avais la flemme et que mon papier était déjà long, je n’ai pas redit tout ce que tu avais déjà beaucoup mieux dit sur l’attitude du gouvernement.)

      Concernant le traitement policier, les gardes à vue, les instructions aux forces de l’ordre nous sommes bien d’accord. L’attitude de la gauche ne m’a pas fait rire, elle m’a outrée. À un gros détail près cependant. Il y a selon moi un précédent, le traitement des supporters de football de 2003 à 2012. Les consignes étaient nationales. Si tu veux des témoignages d’abus policiers caractérisés, voire d’interventions policières au moment où le calme revenait, j’ai des faits précis. C’est le point de comparaison qui me vient principalement à l’esprit. Mais les supporters de foot ne sont pas très populaires, et les incidents de ces derniers temps ne font rien pour redorer leur blason auprès du grand public.

      [Tu ne m'as pas du tout agacée, loin de là. Merci d'avoir pris le temps de répondre.]

      • Hum, je ne comparerais pas une manif nationale avec plusieurs cortèges dans le pays. Il y a tout de même la nécessité de se déplacer qui change beaucoup la donne. Pour beaucoup, cela signifie y consacrer la journée et non une après-midi, et payer un déplacement. Il y a forcément des personnes qui renoncent.

        Pour ce qui est des violences policières, je ne prends en compte que les mobilisations politiques.

        • Effectivement, je n’avais pas pris en compte le facteur « temps / argent ». Je pensais plus à l’aspect « participer à une mobilisation historique » qui donne envie de tout faire pour y aller.

  6. Rétrolien:Manifs pour tous & cie : nous sommes-nous trompés ? | Je dis ça comme ça. :)

  7. Rétrolien:La droite que nous voulons : un contresens trop commun | Le blog de Fikmonskov

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